Archéologue
À l'INRAP : Biron, Prigonrieux, Sorges-et-Ligueux, Vésone… Faire parler le silence des pierres.
Serge Salvé · 1962–20221962–2022
L'âme de La Sergeothèque.
Archéologue, rôliste, conteur, collectionneur, compagnon périgourdin. L'association porte son nom comme on porte un flambeau, pour que ça continue d'éclairer.
Il y a des hommes dont l'absence laisse, là où ils sont passés, plus de présence qu'on n'en attendait. Serge Salvé était de ceux-là.
Archéologue à l'INRAP, Serge a passé des années courbé sur les terres du Périgord, à interroger la mémoire des pierres. Ses pas ont arpenté les chantiers de Biron, où il dirigea la fouille programmée du château en 2015, les berges de la Dordogne à Prigonrieux, aux Nebouts, les sols de Sorges-et-Ligueux, et jusqu'aux aqueducs antiques de Vésone, à Périgueux. Partout, il a cherché à faire parler le silence, à rendre aux humains d'avant leur quotidien, leurs mains, leurs gestes.
Mais réduire Serge à son métier, c'était ne le voir que de profil.
Serge était rôliste. Un vrai. De ceux qui savent qu'autour d'une table, à la lueur d'une lampe et au son des dés, on construit autant de mondes qu'on en explore. Il était conteur, parce qu'une fouille comme une partie ne valent que pour les histoires qu'elles permettent. Il était poète, parce qu'il regardait la vie avec ce léger décalage des gens qui n'ont jamais cessé de rêver. Il était collectionneur, accumulant patiemment les jeux, les manuels, les livres, les figurines, non pour posséder, mais pour partager. Sa bibliothèque ludique était une invitation permanente.
Compagnon périgourdin, il l'était dans tous les sens du terme : enraciné sur ses terres, fidèle en amitié, généreux de son temps et de sa table. Il avait fait de la convivialité un artisanat, une chose à laquelle on travaille, qu'on entretient, qu'on transmet.
Et puis il y avait l'homme engagé. Engagé contre les extrêmes, contre les replis, contre les peurs qu'on instrumentalise. Militant du progrès social, il croyait que la culture, le jeu, l'archéologie même n'avaient de sens que partagés, ouverts, accessibles à tous. Il pensait, et il avait raison, qu'on ne défend pas mieux la civilisation qu'en la racontant à voix haute, autour d'une table, à des gens qu'on aime.
Serge nous a quittés en 2022. Mais ses jeux sont toujours là, ses livres aussi, et surtout ses idées.
La Sergeothèque est née de tout cela. De ses étagères ouvertes à qui voulait y puiser. De ses parties de JdR qui finissaient au petit matin. De son rire, de son érudition douce, de sa colère contre l'injustice. De cette conviction tenace qu'un dé qui roule réunit plus sûrement que mille discours.
Cette association porte son nom comme on porte un flambeau : pour que ça continue d'éclairer.
À l'INRAP : Biron, Prigonrieux, Sorges-et-Ligueux, Vésone… Faire parler le silence des pierres.
Une bibliothèque ludique pensée comme une invitation permanente à partager.
Une fouille, une partie : tout valait pour les histoires qu'on en ramenait.
Périgourdin enraciné, militant du progrès social, contre les extrêmes et l'oubli.
« Serge ne collectionnait pas des jeux. Il collectionnait des soirées, des amitiés, des histoires à venir. Et il nous les a laissées. »
Le SergeïFest, qui rythme chaque année la vie de l'association, est une manière de prolonger la fête à lui : celle où l'on joue, où l'on conte, où l'on rêve ensemble, contre vents et marées, contre les extrêmes et l'oubli.